À l’heure où l’on apprend que Billy Corgan est en train de finaliser le premier album de Zwan, son nouveau groupe mis sur pied avec Jimmy Chamberlin, ancien batteur des Smashing Pumpkins, Delabel met les bouchées doubles et, après la compile parue l’an passé, propose cet album live d’une quinzaine de titres. Louable initiative en fait, car pour beaucoup d’amateurs, c’est justement sur scène que cette formation de rock majeure des années 90 donnait toute sa mesure.
Extraites principalement des albums Gish et Siamese Dream, et couvrant la période 1989/94, les versions proposées ici, très électriques ou calmes comme entre deux tempêtes, sont véritablement édifiantes. On proposera d’écouter en priorité Disarm, enregistrée à la télévision anglaise en 1993, Cherub Rock version unplugged pour MTV, Superstar à Barcelone et Soma, telle que jouée sur des planches londoniennes.
Beaucoup de rumeurs ont couru sur cet album au succès mondial. Billy Corgan aurait fait preuve d'autorité, voire de dictature musicale lors de l'enregistrement du disque. Unique compositeur de la totalité de " Siamese Dream ", Corgan aurait aussi joué lui-même de tous les instruments -batterie comprise- durant les séances studio. Bref, le songwriter impose ses règles du jeu dès 1993, explicitement dictées avec en toile de fond un narcissisme aigu qui pousse, selon les personnes, aussi bien à l'admiration qu'à l'indignation : Butch Vig toujours aux manettes sur cet album, en sortira "épuisé moralement". Le chanteur concoctera les morceaux qui feront des Smashing Pumpkins un groupe rock de plus en plus majeur et proche de la consécration. Cherub Rock, Today, Disarm et autre Rocket, autant de tubes en puissance s'enchaînant de manière cohérente et finalement évidente : on sent d'emblée que les Smashing Pumpkins ne trichent pas avec eux-mêmes, donc avec le public, tant les chansons sont sans concessions, ne portant jamais le fardeau de la démagogie ou de la facilité, à l'époque où il était pourtant si facile de tomber dans le post- nihilisme grunge. Avec " Siamese Dream ", Billy Corgan, James Iha, D'Arcy et Jimmy Chamberlain cimentent sérieusement leur réputation de groupe réellement créatif déjà acquise deux ans plutôt. Le cap du " toujours-difficile-deuxième-album " est brillamment passé.
The Smashing Pumpkins - Mellon Collie and the infinite sadness - Double album. Album schizophrène dira-t-on. Album magnifique aussi, le pari insensé de ne rien laissé de côté, le pari de faire un double album rock, à la manière du "Double Blanc" des Beatles. Sorti en octobre 1995, "Mellon Collie." marque l'apogée du groupe, David Bowie dira même lors d'un show télévisé français que les Smashing Pumpkins sont pour lui le groupe le plus intéressant et le plus créatif qu'il ait jamais entendu, rien que ça . Ce troisième chapitre de la carrière des Pumpkins contient vingt huit titres, et aucun à négliger. Pari réussi donc si l'on en juge l'engouement de la critique, et celui du public (album du groupe le plus vendu à ce jour). Pour les plus réticents, "Mellon Collie." est un disque indigeste (deux heures de musique) et malade. Exercice narcissique d'un songwriter à double personnalité trop soucieux de sa vie artistique. D'où le terme "disque schizophrénique" maints fois employé par la presse spécialisée qui a du mal à s'y retrouver entre des morceaux d'une rare mélancolie (les magnifiques Stumbleine, 1979, Bodies, Tonight Tonight ) et des titres jubilatoires à tendance prophétiques (Muzzle, Zero, Love). Malgré tout, on ne peut que s'incliner devant ce disque énorme, cet opéra rock aux émotions contradictoires qui forment un tout, un aboutissement du travail gargantuesque qu'a impliqué la parution de ce double CD. N'ayons pas peur des superlatifs, à l'heure des bilans: il s'agit peut-être ici du plus bel album rock des années 90. Mais la question va au delà de ces soucis de classement, Mellon Collie And The Infinite Sadness est un disque qui plane au dessus des autres, comme une référence insaisissable.
Les fans de la première heure, déconcertés par la morosité new wave de " Adore " risquent bien d'être comblés : " Machina / The Machines Of God " sonne comme les premiers chefs-d'oeuvre du groupe, soit " Gish ", " Siamese Dream ", et " Mellon Collie ". Ce cinquième album des citrouilles épatantes (et non écrasées) est d'ailleurs d'une richesse et d'une variété qui n'est pas sans rappeler le mythique double album paru en 1995. Après le métal implacable de " The Everlasting Gaze " ouvrant le bal, deux perles de pop mélodique et mélancolique, justement, perpétuent la danse avec une majesté digne du meilleur de " Mellon Collie ". Le reste de ce long album est du même tonneau, entre beauté triste et violence sonore. Et cette fois-ci, ce n'est pas seulement l'exceptionnel batteur Jimmy Chamberlin qui est de retour. Les guitares, toutes griffes dehors, effectuent également un dantesque come back, illuminant les nombreuses perles que sont " I Of The Mourning ", " Try Try Try ", l'apocalyptique " Hevay Metal Machine " et dix autres encore. Le premier album incontournable de l'an 2000.