La rage des débuts fait place à la sophistication et à un certain romantisme. Jim Morrison et ses Doors sont désormais des stars et semblent moins sur la brèche que par le passé, moins assoiffés de tension et d'électricité. Du coup, à quelques exceptions près ("Five To One", ou le très beau et très cinglant "The Unknown Soldier"), le ton est plus léger, plus romantique parfois ("Hello, I Love You", inspiré des Kinks et vite hit-single, ou "Love Street"). L'album de l'apaisement. au moins en apparence.
Contrairement aux albums précédents, « The Soft Parade » prend du temps pour être enregistré : en fait, le groupe est en plein flottement et Jim Morrison semble beaucoup plus préoccupé par la littérature que par ses activités en studio. Du coup, Robby Krieger donne de nouvelles colorations au rock des Doors (abondance de cuivres et de cordes, digressions country).
Boudé à sa sortie, cet album presque « atypique » recèle cependant de vrais petits trésors, à commencer par Wild Child que le Roi Lézard co-signe avec son amie Pamela.
Sorti en février 1970, « Morrison Hotel » marque un retour des Doors aux bonnes vieilles valeurs d’antan : un rock âpre et nerveux, sans arrangements superflus. Cet album reste sans aucun doute le plus bluesy du groupe californien, le plus « roots ». Aujourd’hui encore, on est surpris par l’énergie brute de Roadhouse Blues, par exemple, un des morceaux de bravoure de cet album brut de décoffrage.
Mais Jim Morrison voit de gros nuages noirs s’accumuler au-dessus de sa tête (drogue, alcool, procès… rien ne va plus !). La fin, déjà proche, rôde comme un fantôme…
Si les Doors ont, encore aujourd’hui, la réputation d’être un grand groupe de scène, c’est bien sûr à cause du jeu intempestif de son chanteur Jim Morrison, de ses incartades incessantes, de ses coups de sang imprévisibles. Tout cela donne forcément des « live » assez hachés, ponctués de pauses et de temps morts.
Malgré ces réserves, ce double album sorti en juillet 1970 (et enregistré à Boston, Detroit, Philadelphie, Los Angeles, New York et Pittsburgh, lors de leur tournée de 1969) capture bien l’énergie folle d’un groupe entré dans la légende. Un document !