Largement moins connu que "the Marshall Mathers lp", cet album n'en est pas moins meilleur. On sent moins la patte de Dr Dre qui a la sale habitude de tout formater pour que ça se vende mieux. Eminem se livre à son sport préféré : raconter des histoires glauques tout en détruisant par le sarcasme sa propre image et en brisant un par un les tabous de la société américaine.
Controversé comme les trois premiers albums, "Encore" s'inscrit dans la lignée directe de "The Eminem Show" dont il sonne énormément comme le rappel ("encore", en anglais). Repères de beats aux petits oignons et textes à ne pas mettre entre toutes les oreilles, les titres "Mosh" et "Just Lose It" se dégagent du lot, le second étant accompagné d'un clip dans lequel Marshall Mathers raille violemment Madonna et Michael Jackson, ce qui n'a pas laissé indifférent l'ex-roi de la pop. "Like Toy Soldiers" recycle des samples empruntés à "Toy Soldiers", un tube de Martika dans les années 80, tandis que "Evil Deeds" qui ouvre les hostilités, "Spend Some Time" et "Crazy In Love", se veulent plus autobiographiques. Sachant pertinemment que l'union fait la force, Em est soutenu par 50 Cent et Nate Dogg dans "Never Enough", le brûlot le mieux nommé de cette conséquente livraison.
Rivalisant de noirceur et de vice sur son deuxième album qui l'avait vite consacré comme le nouvel anti-héros ultime du rap planétaire, Eminem déclarait par la suite que nous n'avions encore rien entendu. Cela semblait difficile à croire mais force est de constater qu'il ne s'agissait en rien d'un coup de bluff. Malsain et nauséeux à l'extrême, les nouveaux textes du blanc-bec dont le flow impressionne tous les pontes du hip-hop ont de quoi faire frémir les esprits les plus endurcis. Jamais un rappeur n'avait été aussi loin dans la "bargerie". Enchanté de pouvoir jeter un nouveau sort à l'Amérikkke bien pensante, Dr Dre offre une nouvelle fois à son protégé quantité de titres G-funk très accrocheurs qui rendent son impact diaboliquement percutant.
Quand on a écoulé son précédent album à 12 millions d’exemplaires, qu’on est devenu le phénomène de société le plus commenté du moment, et qu’on s’apprête à se lancer dans une nouvelle carrière (le cinéma), on a deux options : soit se laisser dicter par la pression un album calque, soit n’en faire qu’à sa tête ! Eminem a choisi la deuxième solution, et il propose, en guise de troisième étape de sa déjà mythique carrière, un disque qu’il a écrit, mais aussi composé et produit tout seul, n’appelant à la rescousse son mentor, Dr Dre, que sur trois titres (pas les plus fameux du lot). Mais le peroxydé a de la ressource, et sa couleur musicale, plutôt rentre-dedans, n’a rien à envier aux luxueuses enluminures de Dre. La verve d’Eminem est tout en virulence, qu’il s’attaque à sa mère, ou aux clichés de l’Amérique blanche…
Percutant et mature, Eminem est devenu l’incontournable analyste de l’Amérique d’aujourd’hui, un Dylan du millénaire.