Depuis les temps héroïques du rock alternatif français (où il était déjà un héros), Manu Chao a eu largement le temps, sur les rythmes effrénés de la Mano Negra, de devenir un véritable " parrain " de la scène française actuelle. En solo, en voyageur clandestin, en incorrigible rebelle, cet artiste toujours sur la brèche d'un rock métissé affirme, aujourd'hui plus que jamais, sa vision d'une musique largement latino qui dépasse toutes les frontières et tous les préjugés. Une référence.
Avec "Proxima estacion : Ezperanza", Manu Chao reprend les choses là où "Clandestino" les avait laissées. Moins mélancolique et plus cuivrée, sa musique porte toujours cette petite signature "autoproduit". Bricolée comme une musique itinérante, enregistrée sur le vif, cette folk-music hispanophone et voyageuse ne connaît pas l'électricité. Elle se contente de l'acoustique, de belles trompettes mariachi et de trombones moelleux pour assouplir la sécheresse des guitares.
Accompagné de ses fidèles petites pirouettes sonores qui identifient immédiatement chacun de ses disques (les boucles de "Bongo bong" et ses célèbres "tiou"), Manu Chao y chante avec la science des vieux bluesmen, à gorge déployée mais sans emphase, naviguant entre les idiomes latins (espagnol, portugais, arabe, français ou "portugnol" !) et traversant les frontières du monde depuis l'Espagne jusqu'au Chiapas via l'Algérie et la Jamaïque.
C’est à la Grande Halle de la Villette à Paris que François Bergeron (NTM) a filmé les 3 et 4 septembre 2001, les 24 chansons réunies ici, entre punk mondialiste et ska engagé, confirmant que l’ex-chanteur de la Mano Negra est bel et bien l’enfant terrible de la world chamarrée. Avec son Radio Bemba System, Manu Chao joue la carte des festivités brûlantes mais concernées, un registre qui était aussi celui du roi Marley. Quatre documentaires accompagnent ce concert épique et efficace, parmi lesquels un road movie de 52 minutes réalisé par Raphaël Fridman, Babylon’s Fever. La tournée y est scrutée dans ses moindres détails et une multitude d’images bariolées transportent de ville en ville avec le Chao circus (de Toulouse à New York, de Gênes à Paris).
Trois autres courts-métrages (deux sont signés Chao), dissèquent autrement les états d’âme et pérégrinations de cet artiste à part : Infinita Tristeza par exemple, sorte de carnet de voyage en Amérique latine pourtant court par la taille (26 minutes), est un documentaire d’une grande éloquence.
Bien qu'enregistrés à la Grande Halle de la Villette les 3 et 4 septembre 2001, les 29 titres qui composent ce live de l'ex-chanteur de la Mano Negra devenu prodige de la world des rues, ont une saveur montée d'Amérique centrale, de Tijuana plus exactement. Véritable activiste des planches qu'il brûle avec sa tribu partout dans le monde depuis la tapageuse parution de "Clandestino", Chao joue partout où le mène sa ligne de conduite : à Gênes à quelques jours du G7 ou dans un festival rock alternatif espagnol. Toujours sur la brèche, à la tête d'une formation rompue à tous ces coups de gueule et ses envies irrépressibles de malaxer les styles en un brouet particulièrement énergétique, Manu revisite également ici, pour le plaisir de mettre les pendules à l'heure, quelques refrains de la Mano ("Casa Babylon", "King Kong Five" ou "Mala Vida") et envoie sans faillir une véritable giclée d'énergie héritée du punk et du ska le plus festif. Sa machine n'est pas un gun, mais sait être aussi efficace surtout lorsqu'il tire dans les coins.
Depuis les temps héroïques du rock alternatif français (où il était déjà un héros), Manu Chao a eu largement le temps, sur les rythmes effrénés de la Mano Negra, de devenir un véritable " parrain " de la scène française actuelle. En solo, en voyageur clandestin, en incorrigible rebelle, cet artiste toujours sur la brèche d'un rock métissé affirme, aujourd'hui plus que jamais, sa vision d'une musique largement latino qui dépasse toutes les frontières et tous les préjugés. Une référence.