Après le succès énorme de ses deux premiers albums plombés, Led Zeppelin lève le pied. Pas au niveau de la qualité, bien au contraire, mais de l'agression sonore. Jimmy Page ressort sa guitare sèche, se souvient de son admiration pour Bert Jantsch et Davey Graham, pionniers du folk anglais des sixties mélangeant racines celtiques et dérives orientales. Cela donne six titres à dominante acoustique, surprenants et réussis. Bien sûr, l'électricité et la sauvagerie ne sont pas abandonnées ("Immigrant Song", "Celebration Day" et "Out On The Tiles"), mais il y a surtout "Since I've Been Loving You", chanson parfaite : Page n'a jamais aussi bien joué et Plant n'a jamais si bien chanté que sur ce long blues magique, totalement inspiré.
Ce double album ambitieux présente une variété de styles rare dans la discographie de Led Zeppelin, probablement en raison de la diversité de provenance des morceaux, enregistrés entre 1970 (l'acoustique "Bron-Yr-Aur") et 1974. Ainsi le superbe "Houses Of The Holy" provient des séances de l'album du même nom enregistré en 1972. On retrouve bien sûr des blues épiques ("In My Time Of Dying"), du hard rock ("Sick Again"), mais aussi une tentative funky étonnante ("Trampled Under Foot") et un titre country rock tendance Stones ("Down By The Seaside") ! Mais le sommet de ce disque est évidemment l'incroyable "Kashmir", mélange inouï de hard rock et de musique orientale, d'une originalité totale, que seul Led Zeppelin pouvait réussir.
Tout, absolument tout ce que le Zep a enregistré en studio, superbement présenté : des digipacks de deux CD chacun, avec reproduction des pochettes originales et copieux livrets sur très beau papier. Le luxe ultime pour les fans du groupe qui n’ont pas les albums en CD, car il est utile de préciser que ce coffret ne contient aucun inédit.
Jimmy Page, le Stravinsky de la guitare électrique. Jimmy avait tout compris, notamment la révolution déclenchée par Hendrix. Aussi le premier titre de ce disque fut la réponse foudroyante des quatre Anglais à l'Experience : Whole Lotta Love, 1969, cinq minutes de délire stéréo rougeoyant, un incendie pyrotechnique où chaque musicien apporte sa science instrumentale ou vocale pour attiser les flammes d'un brasier digital. Hendrix adorait les divagations zeppeliniennes, il avait une passion pour le batteur John « Bonzo » Bonham : « Ce gars a un coup de pied rapide comme un coup de castagnette », disait-il avec admiration