Oasis, un an après le réjouissant « Definitely Maybe », déployait une nouvelle fois l’artillerie lourde pour l’enregistrement de son second opus, « (What’s the Story) Morning Glory ? ». Le succès aidant, les musiciens semblent sur ce disque plus apaisés et vont jusqu’à se risquer à larmoyer quelques ballades sucrées comme Wonderwall et Champagne Supernova, singles évidents dont les stations FM se sont fait un délice durant de longues semaines. Mais les mélodies lancinantes que Noel Gallagher, selon le digne exemple de ses mentors Paul McCartney et Ray Davis, n’a pas son pareil pour composer, prêtent également leurs atours à une électricité fébrile, notamment sur Some Might Say, Morning Glory et Hello où ledit musicien se livre à des parties de guitare survoltées.
Avec ce second disque, dont la moitié regorge de tubes en puissance (Roll With It, Wonderwall, Don’t Look Back in Anger, etc.), Oasis détenait encore entre ses mains le feu sacré de la pop britannique et prouvait de bien belle manière que son succès était loin d’être éphémère.
On a longtemps accusé Noel Gallagher d’être un plagiaire hors pair, n’ayant pas son pareil pour recycler les classiques de la pop pour étayer la qualité de ses compositions. Or, les contempteurs d’Oasis auront de quoi jaser avec ce nouveau disque, tant la ressemblance est frappante entre des titres comme Hung in a Bad Place avec le No Fun des Stooges ou encore (Probably) All The Mind avec le Rain des Beatles.
Toutefois, cette légère critique mise à part, « Heathen Chemistry » s’annonce comme le véritable retour artistique d’Oasis à une pop mélodieuse et inspirée. The Hindu Times, enluminé d’un refrain aux chœurs glam, a tout du single imparable ; Hung In a Bad Place est un rock nerveux, sur lequel la voix de Liam Gallagher fait des merveilles ; Songbird, délicieuse ballade composée par Liam, ainsi que She Is Love, auraient pu être écrites par un Paul McCartney illuminé trente ans plus tôt, et Born on a Different Cloud, hommage implicite à George Harrison que dénote un solo de guitare digne de l’Angelo Mysterioso en plein milieu du morceau, évoque le John Lennon habité de l’époque « Imagine ».
En l’espèce, « Heathen Chemistry » est peut-être un album franchement moyen des Beatles, mais assurément un grand disque d’Oasis.
Fleurons d'un rock britannique qu'ils avaient réveillé avec fougue dans les années 90 en deux premiers albums imparables, les têtes à claques d'Oasis semblaient se reposer depuis, sur les lauriers de leurs exploits passés. Talonné par la jeune garde, maltraité par la critique, le leader Noel Gallagher a rassemblé ses troupes pendant de longs mois en studio pour mettre au point le solide "Don't Believe The Truth" qui sonne comme un véritable sursaut d'orgueil. Jouant avec aisance dans son pré-carré traditionnel, du riff stonien de "Lyla" au final "Let There Be Love", splendide ballade à la John Lennon, l'aîné Gallagher s'est aussi aventuré sur le palpitant "Mucky Fingers" vers les contrées fantasmées du Velvet Underground et de Bob Dylan. A ses côtés, son frère Liam chante avec une conviction retrouvée et signe avec réussite les compositions les plus directes de l'album (dont la très Beatles "Guess God Thinks I'm Abel") tandis que les contributions d'Andy Bell et Gem Archer injectent une teinte psychédélique à l'ensemble. Véritable oeuvre de groupe, variée et cohérente, relevée par la production incisive de Dave Sardy, ce sixième album d'Oasis résonne ainsi comme une réponse cinglante aux détracteurs des insolents frères Gallagher.