En 1994, alors que le public rock s’assoupissait tristement sur les cendres encore fumantes du grunge américain, surgit de nulle part Oasis, groupe mancunien ingérant et revisitant habilement les grandes heures de la pop britannique. En l’espèce, le premier disque du quintet, « Definitely Maybe », a tout du classique : les mélodies des morceaux, qui font déjà la part belle à l’insatiable turbine à singles du groupe, sont imparables (Live Forever, Supersonic, Slide Away) ; le guitariste Noel Gallagher n’a peut-être jamais aussi bien joué que sur ce disque (pour preuve les solos de Bring It On Down et Cigarettes & Alcohol que l’on jurerait calqués sur ceux du James Williamson des grandes heures) et le travail de production, qui imprime un effet d’écho sur le voix de Liam pour des titres comme Shakermaker, n’est pas sans rappeler celui du grand Phil Spector pour un certain John Lennon vingt-cinq ans plus tôt.
« Definitely Maybe », qui cinglait alors avec fougue une pop britannique moribonde, s’avère donc un achat indispensable pour tous ceux qui veulent comprendre les rictus de suffisance qui altèrent depuis le visage des frères Gallagher.
Après "Be Here Now" dont les quelques défaillances étaient, selon les intéressés en personne, imputables à l'excès de drogue consommées par les frères Gallagher, Oasis décide de resserrer les boulons pour son quatrième album : " Standing On The Shoulder Of Giants ". Celui-ci, qui s'ouvre à un psychédélisme ravageur toujours très beatlesien (Go Let It Out ! , Who Feels Love ?) et à des influences Led Zep jusqu'ici insoupçonnables (le féroce intrumental Fuckin'In The Bushes), ne devrait certainement pas décevoir les fans du groupe comme il devrait dans le même temps convaincre les déçus. Tous les ingrédients du Oasis classique sont présents, avec une production plus aérée qu'auparavant. Grande première, une composition tout à fait honorable de Liam Gallagher : Little James, dédié au fils que sa femme Patsy Kensit a eu avec le chanteur des Simple Minds, Jim Kerr. Les anciens bad boys seraient donc définitivement assagis.
Fleurons d'un rock britannique qu'ils avaient réveillé avec fougue dans les années 90 en deux premiers albums imparables, les têtes à claques d'Oasis semblaient se reposer depuis, sur les lauriers de leurs exploits passés. Talonné par la jeune garde, maltraité par la critique, le leader Noel Gallagher a rassemblé ses troupes pendant de longs mois en studio pour mettre au point le solide "Don't Believe The Truth" qui sonne comme un véritable sursaut d'orgueil. Jouant avec aisance dans son pré-carré traditionnel, du riff stonien de "Lyla" au final "Let There Be Love", splendide ballade à la John Lennon, l'aîné Gallagher s'est aussi aventuré sur le palpitant "Mucky Fingers" vers les contrées fantasmées du Velvet Underground et de Bob Dylan. A ses côtés, son frère Liam chante avec une conviction retrouvée et signe avec réussite les compositions les plus directes de l'album (dont la très Beatles "Guess God Thinks I'm Abel") tandis que les contributions d'Andy Bell et Gem Archer injectent une teinte psychédélique à l'ensemble. Véritable oeuvre de groupe, variée et cohérente, relevée par la production incisive de Dave Sardy, ce sixième album d'Oasis résonne ainsi comme une réponse cinglante aux détracteurs des insolents frères Gallagher.