Nirvana 'unplugged' : ceux qui pensaient que le talent du groupe tenait à une pédale de distorsion n'y croyaient pas. Et pourtant, voici un disque splendide, interprété avec une retenue et une finesse incroyables par le groupe de Cobain (renforcé d'un second guitariste et d'une violoncelliste) dont les compositions sont ici magnifiées ("About A Girl", "Polly") et qui chante d'une voix qui n'a jamais été aussi belle. Et puis il y a les reprises, sublimes, des Vaselines, des Meat Puppets (invités sur trois titres) et surtout de Leadbelly ("Where Did You Sleep Last Night") et de Bowie (l'exceptionnel "The Man Who Sold The World") : une nouvelle direction passionnante se dessinait pour Nirvana, dans la lignée de R.E.M. (dont Cobain était fan et dont le producteur est ici aux manettes)... Regrets éternels.
Afin de prendre le contre-pied de Nevermind dont il rejette le succès et le son trop léché, Kurt Cobain fait appel à Steve Albini pour produire cette suite qui n'en est pas une. L'intransigeant producteur enregistre, comme à son habitude, le groupe brut de fonderie avec un son râpeux et sans compromis. Mais cette tentative de suicide commercial échoue totalement, en raison de la qualité des morceaux de Cobain qui, de "Heart Shaped Box" et "Rape Me" au magnifique "Dumb" en passant par le déchirant "All Apologies" (tous deux superbement ornés de violoncelle), comptent parmi ses meilleurs. Finalement cet album archisombre, véritable cri de désespoir, est encore meilleur que Nevermind et on y entend probablement enfin la musique que voulait réellement créer son génial leader.
Il et impossible d’être passé à côté du riff nerveux qui introduit l’album. Pour beaucoup, « Smells Like Teen Spirit » est l’hymne désabusé d’une génération, pour d’autres, c’est la meilleure chanson rock de tous les temps. En tout cas, l’énergie (du désespoir) qui a guidé à la réalisation de ce disque se retrouve dans chacune des douze chansons avec le même génie pour l’efficacité et la simplicité… punk. En effet, comment ne pas retrouver chez Kurt Cobain cette même envie d’abattre les dinosaures du rock pachyderme sclérosé de la fin des années 80 ? Pour ce faire, la musique du power trio navigue entre rock énergique (Smells Like Teen Spirit, Breed, In Bloom), punk furieux (Territorial Pissings, Stay Away) et folk acoustique (Polly, Something in the way).
Cadeau empoisonné de par son succès, « Nevermind » marque le début de la fin pour Kurt Cobain mais un nouveau départ pour le rock.