Né de la rencontre entre la chanteuse Skye Edwards et les deux frères Godfrey (Paul aux boîtes à rythmes, scratches et programmations et Ross le multi-instrumentiste) qui avaient travaillé sur l'album Feelings de David Byrne, Morcheeba est, comme Massive Attack, un groupe qui attache beaucoup d'importance au groove et qui s'est retrouvé catalogué un peu trop hâtivement dans le bac "electro" des magasins de disques. Or, sa musique très organique, portée par la voix fluide et sensuelle de Skye, dépasse largement le cadre du trip-hop en allant flâner du côté du blues, du jazz, du reggae ("Friction") ou de l'acoustique ("Over And Over"). Tout cela cohabite harmonieusement sur ce deuxième album, à l'image de "Blindfold" et "Fear And Love", les deux pépites pop de ce disque chaleureux et serein.
Au début des années 90, l'humeur musicale était à l'euphorie. Le rock survivait encore, le hip-hop était respecté, la dance émoustillait et Morcheeba s'infiltrait comme dans un gant grâce à d'élégants bruissements d'ailes. Skye Edwards, la parole, Paul et Ross Godfrey, les gestes, rêvaient tout haut d'un monde où les clubbers réinventeraient le jour, où les afters ne précéderaient pas le sommeil forcé. Les quatre albums que le trio a fait paraître entre 1996 (Who Can You Trust ?) et 2002 (Charango) attestent de ce bel élan vers un futur pop et moderne, aux couleurs soul, funk et jazzy plus ambrées que la moyenne. Festive et sophistiquée à la fois, la musique de Morcheeba est la bande sonore des états d'âme d'une génération en douce dérive qui sent bien que, finalement, le nouveau siècle n'est pas sérieusement prometteur. Otherwise, Let Me See, Moog Island, cernent cette problématique, la traitant à coups de sons sûrs et de rimes vaporeuses méthodiquement choisies. Car c'est dans toujours l'évasion artificielle que se réfugient encore ceux que le doute habite aujourd'hui. Plus anglais que la Tamise, ces trois-là connaissent les plans et les fêtes, et s'ils veulent prolonger la nuit, c'est pour ne pas risquer de se lever d'un trop mauvais pied. Même lorsqu'ils s'amusent à s'inviter dans les charts, alliant gospel et downbeat comme dans l'imparable Rome Wasn't Built In One Day, on sent que Morcheeba prend bien soin de laisser un pied dans la porte, pour pouvoir s'enfuir dès que son public se confondra complètement avec la clientèle d'Ikea.
Depuis 1995, ils se sont mis en trois pour démontrer que la musique électronique pouvait être aussi cool que le jazz qu'on diffuse dans les hôtels californiens à l'happy hour. Mais la délicieuse Skye Edwards a laissé les frères Godgrey (Paul et Ross, en charge de la musique et des bidouilles). Morcheeba rebondit en publiant ce sixième album (en comptant la compilation de remixes "Back To Mine"), son plus mature à ce jour, qui met en exergue la voix sensuelle et chaude de l'ex-chanteuse de Noonday Underground, Daisy Martey. Authentique artiste vocal au sens classic soul du terme, Martey fait briller sans effort les diverses perles d'"Antidote" ("Wonder Never Cease", "Living Hell", "Daylight Robbery") affinées par les Godfrey, et parvient même à rappeler, via quelques subtiles intonations, la grande Dusty Springfield : une mission impossible pour la plupart de ses conseurs.
Né de la rencontre entre la chanteuse Skye Edwards et les deux frères Godfrey (Paul aux boîtes à rythmes, scratches et programmations et Ross le multi-instrumentiste) qui avaient travaillé sur l'album Feelings de David Byrne, Morcheeba est, comme Massive Attack, un groupe qui attache beaucoup d'importance au groove et qui s'est retrouvé catalogué un peu trop hâtivement dans le bac "electro" des magasins de disques. Or, sa musique très organique, portée par la voix fluide et sensuelle de Skye, dépasse largement le cadre du trip-hop en allant flâner du côté du blues, du jazz, du reggae ("Friction") ou de l'acoustique ("Over And Over"). Tout cela cohabite harmonieusement sur ce deuxième album, à l'image de "Blindfold" et "Fear And Love", les deux pépites pop de ce disque chaleureux et serein.
Paul Godfrey (programmation), son frère Ross (guitares/claviers) et la chanteuse Skye Edwards dispensaient dès ce premier album paru en 1996 un trip-hop plus groove que celui proposé par la concurrence directe (Portishead, par exemple). Particulièrement hypnotiques et sensuels, les titres composés par les frères Ross, paire de producteur remarquée pour son travail sur l’album « Feelings » de David Byrne, sont encore dans les oreilles de tous ceux qui savaient dès le départ que l’electronica ne ferait pas seulement danser. À déguster d’office : Trigger Hippie, Tape Loop ou Enjoy The Wait, particulièrement bien nommés.
Sur son disque précédent, Morcheeba osait le fun et la frivolité dans le but de se libérer de l’étiquette trip-hop qui avait fait sa célébrité. Désormais plus libre, le groupe célèbre sa nouvelle vie en poussant plus loin sa quête de cieux cléments. Le titre d’inspiration ouvertement brésilienne, Sao Paulo (qui narre une journée cauchemardesque passée dans un décor paradisiaque), n’est pas le seul instant sur lequel Morcheeba joue la carte exotique. Le mélange de styles antagonistes reste le moteur de leur créativité. Le groupe n’hésite pas à faire se rencontrer beats hip-hop et grand orchestre, Neil Young et Dr Dre sous la férule imaginaire de Jimi Hendrix. Ces alliances improbables accueillent des invités forcément variés (Kurt Wagner, le chanteur de Lambchop, Slick Rick, l’ex-ruler revenu de l’enfer). Seule constante : le ton, invariablement cool. Et la voix toujours aussi délicieuse de la chanteuse, Skye Edwards.