Le bien nommé ! Depuis dix ans, ce nom hante les rêves des amateurs de techno. Activiste des platines, Manu le Malin joue du mix et des beat techno comme d’un instrument de torture, imposant des rythmes cardiaques à la limite du supportable et des sons piochés dans les gammes les plus rudes de la musique industrielle. Sans abandonner ce plaisir-là, il prend ses distances avec les platines pour s’investir dans la composition. Tous les lieux communs sur la dureté du son ou l’aspect cinématographique de son travail vont sans doute être écrits, mais il s’agit avant tout de modernité, et son efficacité hypnotique n’est plus à démontrer. Cet « esprit de lutte » est partagé en deux CD distincts. Le premier plus « mélodique » accueille notamment une collaboration avec Dee Nasty. Le deuxième augmente le tempo. Intransigeant et exigeant, il est plus difficile pour les non initiés mais ravira par ses audaces et ses incursions vocales ceux qui ont déjà adopté ce qu’on appelle le hardcore.
Ces 120 minutes de pure invention sonore s’écoutent comme un long essai sur l’art de concasser les structures. La pochette vaguement inquiétante n’est pas sans rappeler une SF à la Druillet. De l’autre côté de la Manche, Alphex Twin doit déjà adorer.